Dr Max PIFFOUX (Centre Léon Bérard, Lyon)

Le Docteur Max PIFFOUX - sous la responsabilité de l’équipe "Apoptose et cancer" coordonnée par Aurélie DUTOUR au CLB - est le responsable scientifique du projet de recherche suivant : " De l'induction autophagique comme booster de la réponse aux immunothérapies : essai d'une nouvelle classe thérapeutique, les mimétiques de la restriction calorique, dans le modèle d'ostéosarcome pédiatrique". Eva pour la vie & Aidons Marina ont décidé de co-financer le lancement de ce projet, en apportant une subvention de 40000 euros.
Dr Max Piffoux, vous êtes à la fois étudiant en médecine et post-doctorant à l’INSERM chercheur à l’INSERM de Lyon. Vous avez décidé d’orienter vos travaux de recherche sur les ostéosarcomes chez l’enfant. Pouvez-vous nous en dire plus sur ce projet, et sur vos motivations à travailler sur les cancers de l’enfant ? A-t-il été difficile de convaincre votre équipe ?
Tout d’abord, je tiens à préciser que je ne suis pas seul à mener ce projet, c’est une histoire d’équipe ! L’origine du projet est avant tout une histoire de rencontres, d’enthousiasme partagé, comme beaucoup d’histoires de recherches. Nous avons développé ce projet pour confirmer l’intérêt d’un nouveau type de molécules pour potentialiser l’effet des immunothérapies. Elles ont l’intérêt de ne pas avoir d’effet secondaire à priori, d’être faciles à administrer par la bouche. Elles ne sont pour le moment pas développées par des industriels du médicament, mais si cela était le cas elles pourraient rapidement se retrouver en essai clinique. Au début de ce projet, nous cherchions un modèle de cancer résistant aux immunothérapies pour confirmer des résultats obtenus dans d’autres sarcomes. Parmi les cancers résistants aux immunothérapies, les ostéosarcomes sont particulièrement résistants, et touchent une population majoritairement pédiatrique. J'ai également été sensibilisé au sujet par ma compagne, interne en chirurgie pédiatrique orthopédique et co-porteuse du projet. On collabore aussi avec une équipe parisienne spécialiste de ce type de molécules. Cela m’a fait comprendre que cette pathologie était particulièrement pertinente d’un point de vue scientifique mais aussi médical : résistance aux immunothérapies, peu de pistes thérapeutiques, pas de changement de la prise en charge depuis 30 ans… c’est malheureusement un domaine où il y a encore du travail, un vrai challenge. J’espère que nous pourrons apporter une pierre à l’édifice.


Quelle est la situation thérapeutique actuelle, et quels sont vos espoirs ?

Dans l’ostéosarcome, le traitement est pour le moment basé sur la chirurgie et la chimiothérapie. C’est un protocole très lourd, mais qui fonctionne relativement bien pour certains patients. Si malheureusement les patients ne répondent pas ou rechutent, les options thérapeutiques sont très limitées. Je pense que l’innovation thérapeutique dans le domaine viendra soit de l’ajout de molécules sans effet secondaire au traitement actuel, soit de nouvelles approches en 2ème ligne qui si elles s’avéraient efficaces pourraient peut-être remplacer la première ligne. On voit que dans le deuxième cas la route est longue. On a choisi de plutôt se concentrer sur la première option : développer des traitements non toxiques en combinaison avec le traitement actuel. On sait que nos "candidats médicament" ont montré leur efficacité dans un autre type de sarcome résistant aux immunothérapies, en le rendant sensible aux immunothérapies quand on les combine aux chimiothérapies, en particulier celles utilisées pour les ostéosarcomes. Notre objectif, si les résultats sont prometteurs chez l’animal, est de monter un essai pour tester ces molécules directement en première ligne. On sait toutefois qu’il faut beaucoup de temps pour qu’un nouveau traitement arrive en essai clinique, d’autant plus pour ces pathologies avec peu de patients. 


Envisagez-vous de développer ce projet avec d’autres chercheurs et l’étendre à d’autres types de cancers pédiatriques ?
Bien sûr ! Nous visons plus généralement les cancers résistants aux immunothérapies, dont certains pédiatriques comme le sarcome d’Ewing ou le neuroblastome. Le projet est d’ores et déjà constitué d’une équipe de chercheurs, mais la porte a vocation à rester ouverte.


Avez-vous rencontré des difficultés, financières ou administratives, pour lancer ce projet ? Qu’est-ce que le soutien financier d’Eva pour la vie et d'Aidons Marina vous permet de faire ?
Je dois avouer que depuis que je suis arrivé à Lyon il y a un an et demi, j’ai été accueilli à bras ouverts par les équipes du Centre Léon Bérard. D’un point de vue financier, tout s’est bien passé car le soutien d’Eva pour la vie et Aidons Marina a été très rapide à obtenir ! Je pense que l’on sous-estime le rôle de ce type de financement préliminaire pour les jeunes chercheurs, qui passent leur temps à chercher de l’argent au détriment du temps passé à faire de la recherche… Cela nous permettra, si les résultats s’avèrent concluants, de trouver des financements pour emmener ce projet plus loin.


Outre la récolte de dons, Eva pour la vie a impulsé une démarche de fond visant à inciter l’État à créer un fonds dédié à la recherche sur les cancers de l’enfant, ainsi qu’à améliorer l’aide aux familles d’enfants malades. Une première victoire, sans doute insuffisante mais sans précédent, a été obtenue fin 2018 : le vote d’un fonds de 5 millions d’euros/an pour cette recherche. Qu’en pensez-vous ?
Je pense que la recherche en général a besoin de soutien. La part du PIB français consacrée à la recherche, tant publique que privée, est faible par rapport à d’autres pays comparables. Vu de l’intérieur du système public, on paye des chercheurs à passer environ 25 à 50% de leur temps à chercher de l’argent pour travailler. La création de ce fond est un beau pas en avant !


Que souhaitez-vous dire aux familles dont l'enfant se bat contre un cancer ?
C’est une question plus que difficile ! Leur souhaiter du courage bien sûr, mais aussi les remercier pour leur aide. La recherche est malheureusement relativement lente, nous y mettons tout notre cœur. Des soutiens financiers rapides comme ceux que vous donnez permettent de faire émerger de nouvelles pistes de recherche rapidement.

NOUS SOUTENONS AUSSI..

Dr Christophe GROSSET (INSERM Bordeaux)

Depuis 2012, le Dr Christophe Grosset étudie l’hépatoblastome, une tumeur du foie qui touche les très jeunes enfants. Aujourd’hui, la principale difficulté est de traiter les patients souffrant de métastases ou d’une tumeur inopérable et résistante au traitement. Avec l'appui de l'association Eva pour la vie, l’équipe a mis en place un nouveau modèle d’hépatoblastome dans l’embryon de poulet qui permet de tester l’efficacité de nouvelles molécules thérapeutiques (comme les microARNs) et de faciliter l’étude de ces tumeurs en laboratoire. Elle a également montré l’intérêt d'un médicament déjà utilisé dans le traitement de certains leucémies, pour traiter les enfants atteints d’un cancer du foie très agressif

Dr Fabienne MEGGETTO (INSERM Toulouse)

Le Dr Fabienne Meggetto est directrice de recherche à l’INSERM de Toulouse, au sein d'une équipe d'excellence dont les travaux de recherche portent sur les lymphomes chez l’enfant. L'association Eva pour la vie a décidé d'apporter une aide de 50000 euros pour le démarrage d'un projet ambitieux et transversal, qui pourrait permettre de trouver de nouvelles voies thérapeutiques pour les lymphomes de mauvais pronostic, mais aussi, d'autres tumeurs solides tels que le neuroblastome....

Dr Annie SCHMIDT (INSERM Nice)

Le projet de recherche préclinique de l'équipe du Dr Alliana Schmid porte sur le traitement des métastases pulmonaires d'ostéosarcome par combinaisons d'immunothérapie.

Ce projet unique en France a pour objectif d'évaluer dans un modèle préclinique de métastases pulmonaires d'ostéosarcome - cancer de mauvais pronostic qui touche plus particulièrement les adolescents - les effets d'un traitement associant deux stratégies complémentaires d'immunothérapie. L'association Eva pour la vie apporte un financement de 50000 euros sur 3 ans, représentant l'intégralité du coût de ce projet.


Dr Eddy PASQUIER (CNRS Marseille)

Les travaux de recherche du Dr Pasquier se focalisent principalement sur le repositionnement de médicaments qui consiste à tester, dans de nouvelles indications thérapeutiques, des médicaments déjà approuvés par les autorités sanitaires. Le but de ce travail est d’identifier de nouvelles cibles thérapeutiques pour les cancers les plus difficiles à traiter et ainsi améliorer la prise en charge des patients atteints de ces formes agressives et réfractaires aux traitements. En particulier, les cancers pédiatriques (neuroblastome), les tumeurs cérébrales affectant les enfants comme les adultes (glioblastome, medulloblastome) ainsi que certaines formes rares de cancer (angiosarcome).



Dr Marie CASTETS (INSERM Lyon)

Les travaux de l'équipe INSERM co-dirigée par le Dr Marie Castets (CR1 Inserm, HDR) et le Dr Jean-Yves Blay (PUPH, HDR) portent sur la mort cellulaire et les cancers. Grâce au soutien d’Eva pour la Vie (55000 euros) et d’autres associations, cette équipe développe actuellement ces axes de recherche sur les rhabdomyosarcomes, les ostéosarcomes et les neuroblastomes ...



Dr Martin HAGEDORN (INSERM Bordeaux)

Depuis Septembre 2014, le Dr Martin Hagedorn pilote une équipe constituée de chercheurs (Caroline CAPDEVIELLE, Farah RAHAL, Justine CHARPENTIER et Mélissa MENARD) qui consacre ses travaux de recherche à l’identification de nouvelles cibles thérapeutiques dans les tumeurs du tronc cérébral et à l’amélioration de ses modes de traitement. Des travaux reconnus par plusieurs équipes & experts scientifiques européens. 



Dr Patrick AUGUSTE (INSERM Bordeaux)

Depuis plus de 20 ans, cet enseignant chercheur travaille sur le cancer. Et cela fait presque 10 ans qu'il s'est dirigé dirigé vers le cancer du rein ou carcinome rénal. En rejoignant l'équipe du Dr Christophe Grosset (Inserm, équipe MiRCaDe), il voulait mettre à profit son expérience et franchir un nouveau pallier en travaillant sur les cancers de l'enfant. Il est à l'initiative d'un projet ambitieux, qui implique plusieurs chirurgiens, médecins et chercheurs internationaux, sur l'étude du néphroblastome (ou tumeur de Wilms) chez l'enfant, cofinancé par l'association Eva pour la vie et Aidons Marina ...



Pr Sébastien PAPOT (Université de Poitiers)

Fin 2018, la région Nouvelle Aquitaine a accepté de cofinancer avec Eva pour la vie le projet de recherche "Etudes biologiques et précliniques de nouveaux agents anticancéreux, dont certains ciblant EZH2/PRC2, dans le traitement de l’hépatoblastome hautement proliférant", mené par le Pr Papot et le Dr Grosset. L'association Eva pour la Vie a pris en charge à hauteur de 50% du coût l'achat d'un équipement de laboratoire (d'un montant de 9 000€) nécessaire au bon déroulement de ces travaux.

Dr Olivia FROMIGUE (Institut Gustave Roussy)

La résistance aux traitements est un problème clinique majeur, en particulier dans le cas des ostéosarcomes, tumeurs osseuses touchant les enfants ou adolescents. En effet, la chimiothérapie, associée à la chirurgie, est le pivot central du traitement actuel. Or de nombreux ostéosarcomes sont ou deviennent résistants à ces médicaments antiprolifératifs. Les récidives et/ou l’apparition de métastases sont alors fréquentes. 2 patients sur 5 ne pourront être guéris ! L’ostéosarcome est donc un cancer pédiatrique à pronostic sombre pour lequel il est absolument nécessaire d’identifier les moyens de contrecarrer la résistance aux traitements afin d’améliorer les chances de guérison des patients.



La recherche épidémiologique

Si le développement de voies thérapeutiques adaptées à l'enfant est indispensable (pour tenter de sauver les enfants qui aujourd'hui, demeurent sans solution thérapeutique et/ou pour réduire les effets secondaires), nous n'oublions pas une réalité tout aussi forte : sur les 50 dernières années, le nombre d'enfants touchés par un cancer n'a jamais baissé. Beaucoup reste à faire en matière de prévention, tant au niveau de la recherche que de la réglementation. Eva pour la vie intervient activement en co-financant des études environnementales. La première d'entre elle, HAPPI, visait à faire analyser par le laboratoire KUDZU SCIENCE des échantillons de poussière prélevés dans des habitations riveraines de vignes - accueillant des enfants ou des femmes enceintes - ainsi que dans une salle de classe d’école primaire.